Category: Livres,Romans et littérature,Autres littératures étrangères
Lieu Details
Ces vingt et un récits qui mêlent fiction et réflexion, réalité et lyrisme, sont une multiplication d'espaces et d'événements déconcertants. Ils se déroulent à Vienne, à Paris, en Argentine, sur la Costa Brava, au Caire, à Madrid, aux deux extrémités d'une ligne de téléphone. Ils mettent en scène des personnages insolites: un vieux Juif athée et matérialiste, un astronaute blasé, deux balayeurs des rues africains discutant place Vendôme, le fantôme d'Hélène sur les murailles de Troie, un Sherlock Holmes ayant survécu jusqu'au milieu du XXe siècle; et bien sûr les figures qui parcourent toute l'oeuvre de Saer: Tomatis, Pigeon Garay, Barco. Le lieu qui traverse ces textes disparates, tantôt drôles ou tendres, tantôt frôlant le conte philosophique ou le rêve, est un concept multiple, polysémique, à la fois concret et indéterminé. Dans la fragmentation chaotique de notre époque, il est l'univers unique et mystérieux dans lequel nous vivons, en même temps que l'espace imaginaire, variable à l'infini, grâce auquel chacun de nous construit sa propre représentation du monde.

Reviews
Juan José Saer a passé l'âge des pirouettes verbales. Il développe ses petites histoires indépendantes dans un style simple, précis, qui évite l'emphase et s'en remet avant tout à la seule architecture du récit. On sera déçu ou ravi, c'est selon, par cette économie du verbe qui ne prend même pas la peine de souligner ses trouvailles. Le fil du récit est sans surprise, au sens où Saer délaisse la corde du suspens ou du paradoxe, ingrédients toujours efficaces quant il s'agit de tirer le lecteur à soi. Mais il n'est même pas dit qu'il en ait le souhait, et bien que la lecture ne soit pas difficile, l'ouvrage est sans doute destiné à des lecteurs " avertis ". Pourtant, dans ces courts récits volontiers philosophiques, il y a beaucoup de matière à penser et un goût certain pour ces configurations qui remettent en cause nos certitudes. Pour ne donner qu'un exemple, la zone de Tchernobyl devient, chez Saer, un lieu où une vie épanouie peut enfin se développer. Il n'y a pourtant chez lui aucun désir de " surprendre ", et pas une once de ce plaisir à déconcerter si évident chez un Italo Calvino. La cérébralité qui s'y déploie ici ou là est totalement dénuée d'arrogance, elle est plus secrètement inquiète qu'ébahie par sa propre puissance. Mais que l'on ne se méprenne pas : Saer ne fait pas de la littérature à défaut de pouvoir faire de la philosophie, loin de là, et ces vingt et un récits sont le plus souvent des anecdotes, des tranches de vie à la saveur volontairement blanche, parsemées de quelques notes d'un humour discret. Et au-dessus de tout cela, il y a ce titre, comme une énigme (pour moi au moins), curieusement singulier : " lieu ". Des petits textes à lire au calme, lentement, soigneusement.


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